Le Rat et le Mouton

Au flanc d’une montagne paissait paisiblement
Un tout petit mouton éloigné du troupeau
Tout en savourant l’herbe caressée par le vent
Il observait le monde qu’il jugeait tellement beau

Voilà que tout d’un coup debout sur la clôture
Messire Rat l’interpelle d’une voix assurée
Juché ainsi c’est vrai Rat a une fière allure
Alors Monsieur Mouton s’en approche intrigué

« Vous voilà pauvre ami, ovidé enfermé
Prisonnier des bergers, esclaves et travailleurs
Vous leur fournissez laine, lait et prospérité
Mais vous pourriez aspirer à un monde meilleur

Par delà les montagnes, bien après vos barrières
Se cachent mille secrets dont on ose parler
Jamais vous ne marcherez sur cette plate terre
On vous ment, on vous cache, pour toujours vous garder.

Soyez libres, soyez braves, remettez tout en cause
Et comme nous, les rats, vous serez clairvoyants
Pour l’instant vous êtes là, ô vraiment pauvres choses
Mais bientôt tout comme nous, vous courrez dans les champs.

Ne croyez pas aux hommes, ignorez leurs conseils
Seul ce que vous yeux voient existe réellement
Oubliez vos angoisses, il vous faut cet éveil
Vous nous comprendrez et serez reconnaissants. »

Le mouton intrigué ne savait quoi répondre
Il est vrai que le Rat parlait haut parlait fort
Et le besoin de fuir plutôt que de se faire tondre
Soudain lui fit envie de connaître autre sort

Alors avant de répondre et de se joindre au rat
Un mouton plus ancien s’approcha en boitant
Ce n’était rien de plus que son vieux grand papa
Qui avait bien connu l’expérience des ans

« Ils sont nombreux ces Rats à toujours protester
Mais jamais je n’ai vu se joindre à mon troupeau
Ce messire ni ses fils lorsqu’il fallait bêler
Pour que l’humain nous donne plus de blé et plus d’eau

Ces barrières mon enfant sont souvent enlevées
Et sans que tu le saches, très souvent décalées
Oui le berger nous tond mais nous protège aussi
Et quelques restrictions valent bien une vie

Messire Rat se dit libre, mais sais-tu où il dort ?
Dans la paille de la grange, bien au chaud tout l’hiver
Et puis lorsqu’il a faim sais-tu ce qu’il adore ?
C’est manger tout le grain à en laisser misère.

Dehors les maladies ne valent pas qu’on circule
Le berger est idiot et il fait des erreurs
Mais nous savons comment le sortir de sa bulle
Et nos bellements souvent le sortent de sa torpeur.

Allez donc Messire Rat débitez vos discours
Dans d’autres voisinages, pourquoi pas la bassecours
Notre sort nous convient, car nous nous protégeons
Je vous le dis bien je suis fier d’être un mouton. »

A ces mots Messire Rat répondit aussitôt
Qu’il savait mieux que lui, qu’il connaissait la vie
Et qu’il regretterait un jour, bien assez tôt
De ne jamais avoir délaissé le troupeau.

Il disparu enfin pour rejoindre ses frères
Et on ne le revit pas pendant bien longtemps
C’est quelques jours plus tard aux abords d’une rivière
Qu’on retrouva le rat allongé sur le flanc


1 comment

  1. Bernier octobre 16, 2020 1:03   Répondre

    Bravo, excellent !!
    Cela résume poétiquement ce que je pense bien pauvrement …

    Chapeau !

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