Chapitre 2

L’avion continue son voyage, je regarde par le hublot : les nuages sont juste en dessous, j’ai l’impression que l’on survole une mer de chantilly et cela m’ouvre l’appétit !

 -Serait-il possible d’avoir un petit truc à manger ?

-Vous venez de finir votre déjeuner il y a moins d’une heure, jeune homme, me répond l’hôtesse, une demoiselle vietnamienne assez jolie, d’une vingtaine d’année.

-Mais il faut que je mange pour vivre ! POUR VIVRE !

-Je vais voir s’il nous reste autre chose que les dîners de ce soir.

-Il y avait sûrement un plateau déjeuner en trop tout à l’heure !

-C’est-à-dire que nous jetons la nourriture qui n’est pas consommée.

 Je la regarde avec des yeux ahuris.

 -Vous la jetez ?

Si ma mère avait été là, elle aurait fait une syncope. Son côté Italien lui fait détester tout gaspillage. Enfin, je ne sais pas si c’est son côté Italien, mais en tout cas elle m’a transmis ça. Enfin bref, ma tête a du faire peur à l’hôtesse de l’air qui a réussi à revenir avec un sandwich et un cookie. Ca fait rigoler Théo, mon voisin de devant, un camarade de classe (le seul d’ailleurs qui soit avec moi dans l’avion), un peu bedonnant.

 -Mais comment tu fais pour pas devenir obèse avec tout ce que tu manges ?

-Je me dépense mon vieux, je me dépense !

-Tout le monde se dépense, regarde-moi ! Tout ce gras !

-Ca ne dérange pas Jennifer pourtant… Ça va faire un an bientôt, vous êtes LE couple du bahut.

-Et ouais, elle doit aimer mes rondeurs, répond-il en prenant une voix féminine.

 Nous rigolons un peu, puis Théo reprend, plus sérieusement.

 -Alors mec, tu as défini ton parcours ?

-Pas du tout… J’ai fait plein d’hypothèses, de possibilités… et puis finalement j’ai abandonné. Je pense que je me laisserai guider par mes pas, comme le suggérait Monsieur Garnier (notre professeur de dressage Pokémon, un type un peu loufoque). Et toi ?

-Je ne suis pas encore sûr… Arrivé à Néon-City, je pense que je vais embrayer directement par Jadielle, histoire de me frotter au Gym-Leader de la ville.

-T’es ouf mec ! Tu sais que c’est le plus balèze de toute la région ! C’est exactement ce qu’on nous a déconseillé.

 Théo ouvre la bouche en grand et me dévoile toutes ses dents, déployant un sourire inspiré.

 -C’est là mon idée de génie. Une fois que je me serai fait rétamer, ou pas, par lui, je connaîtrai le niveau global du coin et je serai capable d’établir mon niveau à moi, par rapport à celui de toute la région !

-C’est idiot comme raisonnement !

-On verra qui de nous deux aura ses huit badges en premier Bratin !

-J’en vise bien plus ! Je me suis mis pour objectif d’en avoir 16.

-T’es malade ! C’est déjà galère d’en choper 8 alors le double…

-Y a un type au lycée qui a réussi à en choper 20 en 96, Mathieu Bonnire, Bonheur…

-Ah oui, Mathieu Bonnard. C’est le record du lycée effectivement. Mais c’est pas pour ça qu’il est allé plus loin que les autres. Mon grand-frère le connaissait, et finalement, il a finit arbitre en régional. C’est pas vraiment la gloire !

-Il avait fait une faculté Pokémon ?

-Ouais, celle de Bordeaux, et c’est pourtant une des meilleurs !

 Je réfléchis quelques instants. Après mon bac, je sais déjà que j’irai à Paris, suivre les cours de la Faculté de la capitale, la plus réputée de France… Mais les places sont peu nombreuses. Le fait même de pouvoir être étudiant est un gage de qualité. Si jamais je n’y suis pas admis, je me tournerai certainement moi aussi vers Bordeaux, mais à contre cœur.

 -Ouais… Ce n’est pas au nombre de badges qu’on détermine sa force, mais tout de même…

-Ceci dit, reprend Théo en réfléchissant, peut-être qu’il voulait être arbitre depuis le début !

-Il n’y a pas de sots métier, c’est vrai.

-Bon, mon ptit Tom, je vais dormir un peu ! En plus je me casse le cou à me retourner comme ça en te parlant.

-Dors bien Théo ! Je pense que je vais faire pareil !

Aussitôt dit aussitôt fait, je mets l’espèce de truc sur les yeux, fourni par la compagnie aérienne, et il ne m’en faut pas plus pour commencer à m’endormir. Les images de la région de Kanto se créent devant mes yeux. J’ai tellement parcouru de livres, tellement vu de films, de reportages et d’émissions sur cet endroit que j’ai l’impression de le connaître depuis toujours. Je me balade tranquillement le long des chemins de campagne de la région, pratiquement toujours ensoleillée à cette époque de l’année. Je vois des connaissances, des amis. Comme souvent, il me semble apercevoir le visage de mon père me sourire, une sorte de réminiscence des photos qui traînent chez maman, ou des vieilles VHS de mes parents qu’on regarde parfois, tous les deux devant la télévision. Les images s’enchaînent, et puis je vois Christelle, mon ex, en petite tenue, devant moi. Il faut bien avouer qu’elle était plutôt bien foutue. Cela fait maintenant deux ans que mes amies de classe commencent à avoir de sacrées formes. Je connais Christelle depuis la troisième, et elle possédait déjà des rondeurs fort appréciables. Cependant, je n’ai pas vraiment envie d’y penser, et, un peu comme le début d’un cauchemar, je me réveille avec un minuscule sursaut. J’enlève mon truc sur les yeux (mais comment ça s’appelle ce machin déjà?) et je regarde autour de moi : ça écrase grave ! Plus de la  moitié des voyageurs de l’avion est en train de dormir. Théo ronfle un peu fort et j’esquisse un sourire. L’appareil ne tremble pas, il semble imperturbable, et je me demande bien quel pays il peut survoler pour l’instant. J’ai dormi une vingtaine de minutes, pas plus, mais je me sens reposé. Le souvenir de Christelle en petite tenue m’a un peu émoustillé et je décide donc de boire une bonne rasade de ma bouteille d’eau, encore assez fraîche. Je n’ai pas vraiment de meilleur ami au Lycée, je suis pote avec tout le monde, mais du coup, je n’ai pas de grande relation amical avec qui que ce soit, du moins, pas assez pour parler de choses très personnelles… Du coup, je me demande si je suis le seul à ne plus être vierge depuis un bail. Mon premier rapport sexuel date déjà d’il y a quasiment deux ans… Je venais à peine d’avoir 14 ans ! C’était avec la petite Clémence, et j’en garde un très bon souvenir. Dommage qu’elle soit partie vivre en Suisse avec sa famille, même si nous n’étions plus ensemble, on s’entendait bien… Enfin, je suis pas du genre à secouer le passé, et puis j’ai tellement de choses à penser que j’oublie vite ce genre de détails. J’ouvre de nouveau mon petit calepin et je sors mon Pokédex de mon sac. C’est le tout dernier modèle, offert par Félix, un ami de mon père et une sorte de parrain pour moi. Ce petit bijou est vraiment génial, je peux y programmer mes stratégies, et aussi incorporer plusieurs schémas d’attaque suivant différentes possibilités de scénario durant un combat. Mais j’ai remarqué que, finalement, j’allais souvent plus vite que le Pokédex lui-même. Mon grand point fort, selon mes potes comme selon mes professeurs, c’est ma faculté à réagir très rapidement et à analyser les situations au quart de tour. Dans la vie de tous les jours, je suis assez à l’ouest et je suis parfois un peu trop distrait, et capable de prendre très rapidement… les mauvaises décisions, mais généralement, je m’en sors plutôt bien en dressage. Bon, oké, je peux l’avouer, je suis le premier de ma classe à ce petit jeu là. Je ne vais pas m’en plaindre, et puis, je dors Pokémon, je mange Pokémon… je vis Pokémon !

2 Comments

  1. RiyeT mai 29, 2012 9:32   Répondre

    Ca y est, je me remets dedans!
    C’est pas un peu perso-autobio ce passage sur la perte de la virginité? ^__^ BAGASS!!
    Bref, je pense (c’est mon avis) que c’est un poil hors propos dans ce contexte. Sinon, j’attaque la suite.

    • CaliKen mai 30, 2012 9:21   Répondre

      Ce n’est pas autobiographique.

      Les passages sentimentaux voire sexuels font part intégrante dans cette histoire, car elle raconte en détail la vie de Tom qui est alors adolescent. Ces détails sont importants car ils permettent de mieux appréhender ce qui se passera ensuite…

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