Chapitre 4

Réveillé par un fin trait de lumière qui s’échappe du faible interstice entre le rideau et la fenêtre, je m’étire doucement. Julien et Grégoire, les deux Lyonnais, sont déjà réveillés. Il préparent tranquillement leurs affaires et je les remercie intérieurement d’avoir été assez discrets pour ne pas me réveiller. Théo dort dans une position improbable ; son lit semble avoir servi de base à une guerre thermo-nucléaire, et un filet de bave coule le long de son menton. Il ronfle bruyamment.

-Vous êtes sûrs de vouloir faire équipe avec ce type ? Fais-je en chuchotant.

-Ah, t’es réveillé Thomas ? Bien dormi ?

-Tu veux une barre chocolatée ? Ou sinon j’ai des ptits gâteaux.

-Oh ! C’est cool ça, je veux bien un ptit gâteau, il a l’air de défoncer !

-Faut pas trop se gaver non plus, y a un buffet à volonté dans le Centre, avant de partir.

-Exact ! C’est histoire de me mettre en appétit.

Je prends la part de l’espèce de cake que me tend Greg et découvre que son gâteau déchire autant à l’extérieur qu’à l’intérieur : un vrai délice pour les papilles. Assis sur mon lit, je le termine en entier, ne laissant plus qu’une petite pépite de chocolat que je tiens du bout des doigts. Tournant le dos à Théo, je lance, d’un geste nonchalant, la pépite derrière moi : elle atterrit immédiatement dans sa bouche grande ouverte, lui provoquant assez rapidement un réveil/étranglement hilarant. Après être tombé à la renverse, le voilà qui se relève, le rouge aux joues.

-Qu’est-ce que…

-T’as fait un cauchemar mec ?

-Tom ? Tu… t’es déjà réveillé ?

-Il est 8 heures Théo, faut pas louper leur petite déjeuner à volonté !

-Ouais, t’as raison.

Il se lève en grimaçant.

-Punaise, j’ai rêvé qu’un Roucool avait déposé une boulette de crotte dans ma bouche.

Je retiens un fou-rire et lui tape gentiment sur l’épaule en lui conseillant d’arrêter la drogue, que ça lui éviterait de faire des rêves idiots comme ça. Il me répond d’un air offensé, me disant qu’il n’a jamais touché une cigarette de sa vie, et que je n’étais pas forcément un bon exemple, ayant un peu forcé sur la Corona à la dernière soirée organisée par un camarade de classe.

-C’est bien une des rares fois où j’ai trop bu de ma vie.

-Mouais…

Quelques minutes plus tard, après avoir chacun pris une bonne douche, nous sortons de notre chambre et allons rejoindre les quelques autres ados déjà assis devant leurs tables, mangeant leur petit déjeuner.

-Vous allez découvrir qui est véritablement Bratin… chuchote Théo à l’oreille de nos deux nouveaux amis.

Je ne l’ai qu’à peine entendu. Je me suis déjà rué sur le buffet, réussi à faire tenir 4 assiettes en équilibres sur un bars et rempli celles-ci du maximum de viennoiseries, bacon, œufs et autres victuailles qu’il était possible de faire tenir dessus. D’une démarche maladroite, je tangue légèrement vers la droite pour prendre deux grands bols vides que je remplis, pour l’un, de céréales et de lait froid, et pour l’autre, de chocolat chaud à ras-bord. Il ne me reste plus que ma tête de libre, mes deux bras sont surchargés. Derrière moi, deux filles me regardent avec des yeux énormes, complètement ahuris. Je leur répondrais bien de ne pas s’inquiéter, mais j’ai réussi à caler une petite assiette dans ma bouche qui supporte elle-même une tasse de café. Je me retrouve assez rapidement devant ma table et étale avec élégance mon trésor de guerre. Mes trois autres compagnons arrivent un peu plus tard. A eux trois, ils n’ont même pas ce que j’ai apporté.

-Qu’est-ce que je vous disais, ponctue Théo.

Le reste du repas est un vrai festin, et je remplie ma panse avec plaisir et délectation. Le personnel du Centre Pokémon nous fait ensuite un rapide briefing, nous remet une documentation et des consignes strictes, que nous avons déjà reçues plusieurs fois, au lycée et même dans l’avion. Je récupère une énième carte de Kanto-Johto et je la mets dans mon sac à dos. Une bouteille d’eau, un sandwich offert par le Centre Pokémon, une boussole, mon Pokédex, mon calepin et quelques stylos, un t-shirt de rechange, un caleçon et une paire de chaussette, une paire de lunette de soleil, un poncho en cas d’orage, ma brosse à dent, mon portefeuille… mon sac n’est pas très lourd et pas plein, et c’est bien mieux comme ça. Je n’envie pas ceux qui se retrouvent avec un énorme sac de randonnée. De toute façon, il est possible de laver ses vêtements dans les Centres Pokémons, et étant donné que je compte y aller au moins une fois tous les deux jours, je ne pense pas me transformer en clochard en un mois ! Bien sûr, l’élément essentiel de mon périple est, chez moi, attaché à mon jean par une ceinture légèrement en biais. C’est Félix qui me l’a offerte, et j’y range mes 6 Pokéballs. J’ai également 6 autres Pokéballs vierges pour capturer d’éventuels Pokémons, bien que ce ne soit pas mon objectif. Théo en a apporté une cinquantaine, et sa mallette de collectionneur prend pas mal de place dans son sac.

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