Déréalisation

Salut les amis. Cet avant-propos est là pour vous signaler deux choses. Premièrement, cet article est très personnel. Je l’ai écris parce que j’ai besoin de parler de tout ça, malgré le fait que ça me paraisse dingue. La seconde chose, c’est que c’est un peu long. Voilà. Donc si vous préférez lire des news, des critiques de jeux, de musique… brefs, des trucs plus habituels sur CaliKen.fr, passez votre chemin dès maintenant !

Tu marches dans la rue. Tu discutes avec un ami. Tu regardes les immeubles autour de toi, les gens qui passent, la devanture des boutiques. Tu sens le vent sur ton visage, les odeurs autour de toi. Tu entends les bruit des passants… Tout est détaillé, précis et crédible. Et pourtant, tout est faux, car tu rêves. Un rêve crédible et réaliste, mais un rêve tout de même. Je suis sûr que cela t’es déjà arrivé. Ce sentiment étrange, lors d’un rêve, de savoir que, justement, tu es dans rêve. Rien ne te prouve réellement que tu es en train de dormir, si ce n’est cette sensation viscérale que tout ceci n’est pas vrai. C’est bon, tu as saisi le concept ? Cela t’est déjà arrivé une ou deux fois ?

Ok. Maintenant, imagine une variante. Tu es toujours dans la rue, avec cette forte persuasion en toi : tu rêves. Sauf qu’en fait, non, c’est bien la réalité. Pourtant, quelque chose te persuade que tout ceci est faux et que tu vas te réveiller dans quelques instants. Tu observes la vie, les gens, les évènements, par le biais d’un voile invisible qui recouvre ton âme. Un peu comme si tu contrôlais ton corps, mais de loin, le vrai étant en train de dormir très loin de là.

Ce phénomène s’appelle la Déréalisation. Je le vis depuis 15 ans. Non-Stop.

hqdefaultCette image est la seule qui arrive à résumer correctement ce que je ressens

 

Ah bon ?

Lorsque tu en parles la première fois, les gens en plaisantent. Peut-être parce que c’est totalement inconcevable pour quelqu’un qui n’a jamais vécu ça et qui a du mal à saisir ma comparaison avec le rêve « conscient » mentionné plus haut. J’ai donc du subir pas mal de remarques du genre « Arrêter de fumer », « N’importe quoi », « Tu t’es pris pour Néo dans Matrix », etc. Difficile de se confier dans ce genre de cas. Difficile pour les gens de comprendre que ça te bouffe. Tu n’as pas de douleur, pour eux, tu es normal. Mais pour toi, le monde est un grand rêve.

Ce qui est marrant c’est que je n’ai aucune preuve concrète de cette déréalisation, puisqu’elle est totalement basée sur ma perception des choses. Qui plus est, chez moi, elle ne s’accompagne pas d’un manque de sensation affective ou de remise en question de ce que je suis. Ces derniers problèmes sont associés à une autre pathologie : la Dépersonnalisation. Le pire, c’est que la Dépersonnalisation n’est pas incompatible avec la Déréalisation. Grand merci, je n’en suis pas (encore) atteint. Ses troubles ont l’air pires : l’impression de ne pas être soi, d’être quelqu’un d’autre, voire la perte totale de sentiments. Cependant, mon syndrome me permet tout de même d’effleurer du doigt l’idée que je pourrais l’être et de mieux comprendre les gens qui le sont…

Mais pourquoi ?

La déréalisation serait due à plusieurs facteurs. Il y a certes des facteurs mécaniques possibles (hypocondriaque comme je suis, j’ai terriblement peur d’avoir une tumeur au cerveau, et pourtant, je recule devant le fait de faire un jour un électroencéphalogramme), mais, lorsqu’on associe les différents troubles ressentis par les gens affectés par la déréalisation (et ils sont plus nombreux que je ne le croyais), on retrouve beaucoup de similitudes. Difficile de mettre le doigt sur ce qui provoque ce trouble, mais je dois reconnaître que quelques facteurs me semblent plus ou moins liés à tout ça.

-Une angoisse extrême par rapport à des choses parfois sans conséquences.
-La peur de l’inconnu.
-Une trop grande anticipation de tout ce qui pourrait arriver, très souvent en mal. (J’ai tellement anticipé la mort de mon grand-père, l’imaginant maintes et maintes fois, dans des milliers de scénarii différents, que, lorsque la réalité est venue rattraper la fiction, j’avais l’impression d’être dans une de mes propres anticipations)
-Une grande propension à s’échapper de la réalité, par n’importe quel moyen : (livre, jeux, musique et simple imagination)
-Un esprit créatif parfois trop grand et la volonté de toujours vouloir créer trop de choses, qui s’étouffent les unes par rapport aux autres.

Et surtout, surtout, une faculté assez dingue à « rentrer en moi » dans les pires moments. Cette sensation de me réfugier sous une énorme carapace lorsque les évènements sont trop durs à gérer. Décès, dispute, annonce difficile à supporter, rupture… c’est comme si je m’engouffrais au plus profond de mon âme pour échapper à une réalité que je refuse, pas assez courageux pour l’affronter. Voilà ce qui, à mon sens, a nourri le plus ma déréalisation.

Notons aussi que tous les évènements qui affectent le monde entier, et pas que ma petite personne, nourrissent violemment ce sentiment de rêve géant. La folie des hommes, la pauvreté, les guerres, la domination outrancière de l’argent, l’illogisme totale de notre vie sur terre : toutes ces choses incontrôlables me lancent dans des spirales de réflexions desquelles je ne peux sortir et qui me fracassent la tête à chaque fois.

 

S’en sortir ?

Si je me confie ici, petit lecteur, c’est parce que j’en ai marre. Vraiment. Plus le temps passe, et plus ce rêve immense qu’est ma vie me lasse de plus en plus. Si j’ose enfin dire au grand jour que tout ce que je vis, ces voyages, ces rencontres, ces paysages, ces amis, m’apparaissent comme des sensations qui, aussi belles et fortes soient-elles, me semblent de plus en plus lointaines, c’est parce que la sonnette d’alarme est résolument tirée. Non, je ne suis pas fou. Mes recherches m’ont conduit à découvrir beaucoup, beaucoup d’autres personnes comme moi, et parfois dans des situations de dépressions bien plus graves. Je suis bien entouré et j’ai la certitude de ne pas lutter seul, les quelques personnes ayant compris la portée de ma déréalisation m’aidant beaucoup plus qu’elles ne le croient. Alors oui, je tente de m’échapper de cette merde, de multiplier les sorties, les concerts, les évènements… De ne plus y penser, comme beaucoup de personnes me le conseillent. Mais essayer de ne plus penser à quelque chose qui est de façon permanente devant soit, c’est difficile, voire impossible. Si je pense à la déréalisation, alors, je déréalise. Tout le temps. Tout le fucking temps. Au 25ème kilomètre lors du Marathon de Paris, les jambes coupées par l’effort : tout ceci n’est qu’un rêve. Lors d’un concert avec mon groupe, les gens dansant devant moi au son de ma musique : tout ceci n’existe pas et est le fruit de mon imagination. Difficile de demander à quelqu’un d’ignorer le mur qui est juste devant lui. Difficile d’ignorer un état qui ne me quitte pas du réveil jusqu’au coucher. D’ailleurs, parfois mes rêves me paraissent plus réel que le reste.

Voilà les amis. Je ne crois pas m’être, jusque là, autant confié sur ce blog, et vous excuserez l’absence de petites blagues habituelles. Alors je me documente, je discute, je consulte… bref, je me prends en main pour me réveiller de ce songe. Un songe qui est parfois bien utile, il faut bien l’avouer. Comme je le disais plus haut, nombre de fois, la déréalisation me permet d’échapper à ce qui pourrait me blesser. Comme si, un évènement grave ne m’affectait pas, puisque tout ceci est faux. Une bien idiote parade, puisque finalement, en esquivant la réalité, j’en ai de plus en plus peur, et j’alimente mes démons plutôt que de les affronter.

Allez, tirons le positif, car il est dit que je me sortirai de ce traquenard. Tout simplement parce que je l’ai décidé. Il est temps d’ouvrir les yeux et de se réveiller, même si le choc risque d’être un poil rude, non ?

Parce que, entre nous, mes petits loups, à l’heure où je souhaite fonder une famille, il est hors de question que le jour où je prendrai mon enfant dans les bras, je me demande si tout cela est vrai.

 


6 Comments

  1. Raph février 4, 2016 12:08   Répondre

    Salut,

    Je souffre moi aussi de dp/dr depuis plus de 12 ans. Avec une intensité variable.

    J’ai créé un blog + un forum sur ce sujet, ici :
    http://www.wakinglife.fr/

    http://www.wakinglife.fr/2005/11/23/la-derealisation/
    http://www.wakinglife.fr/2006/02/18/la-depersonnalisation/

    Dans ta description, tout correspond :
    – Une angoisse extrême par rapport à des choses parfois sans conséquences.
    -La peur de l’inconnu.
    -Une trop grande anticipation de tout ce qui pourrait arriver, très souvent en mal. (J’ai tellement anticipé la mort de mon grand-père, l’imaginant maintes et maintes fois, dans des milliers de scénarii différents, que, lorsque la réalité est venue rattraper la fiction, j’avais l’impression d’être dans une de mes propres anticipations)
    -Une grande propension à s’échapper de la réalité, par n’importe quel moyen : (livre, jeux, musique et simple imagination)
    -Un esprit créatif parfois trop grand et la volonté de toujours vouloir créer trop de choses, qui s’étouffent les unes par rapport aux autres.

    J’ai exactement le même profil.
    J’ai fait un cycle de « formation » à la méditation pleine conscience (mindfullness): apprendre à être la, ici et maintenant, en toute circonstance, et s’apercevoir quand on fuit dans ses pensées / projet : Ca m’a pas mal aidé et fait diminuer la dp/dr. je te le conseille

  2. laila février 6, 2016 11:50   Répondre

    Je vis la même chose que toi depuis 14 ans aussi je pensais devenir folle et en lisant tous ces témoignages je me sens un peu rassurée meme si je désespere de trouver une solution à ce probleme handicapant… courage tu n’es pas seul

  3. CaliKen avril 4, 2016 9:49   Répondre

    Raph, et laila : merci pour votre commentaire. Je vais aller voir ton blog Raph. J’espère qu’on va s’en sortir ^^ Ca commence à vraiment peser.

  4. Dylan55102 avril 11, 2016 6:01   Répondre

    Alors la je ne pensais vraiment pas tomber sur ce genre d’article sur ton blog. Mais je suis très heureux d’avoir pu le lire. Cela fait de mon côté plus d’un an que je souffre d’une légère déréalisation. Déjà que c’est difficile à vivre ma vie avec cette handicap, je n’ose imaginer ce que sa peut te faire à toi, qui en souffre depuis quinze an.

    Je te souhaite juste de reusir à guérir et à surmonter ça :)

  5. CaliKen avril 12, 2016 5:36   Répondre

    Salut Dylan, merci pour ton commentaire. Je ne savais pas que tu souffrais de déréalisation. Comment le vis-tu ?

  6. Dylan55102 avril 14, 2016 11:35   Répondre

    Très honnêtement je l’ai vécu assez mal durant l’année ou j’en ai vraiment souffert. Mais actuellement ça va mieux, sûrement le fait d’en parler et d’avoir chercher des solutions. C’est pour ça que je précise qu’aujourd’hui je souffre d’une « légère » Déréalisation. C’est toujours embêtant mais plus au point d’être invivable.

    Sinon un truc qui m’a pas mal aidé c’était les rêves lucide. Je t’invite à te renseigner sur le sujet. Personnellement ça m’a permis d’être plus conscient de la réalité qui m’entoure.

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