Comment décrire l’ambiance d’une époque ? Voici un exercice bien complexe. Le prisme de la perception est quelque chose de très personnel et chacun a sa vision propre. Je n’ai vécu que 6 ans dans les années 80, et, comme beaucoup de quarantenaires, j’en ai une vision plus édulcorée que les adultes de l’époque. J’ai frôlé quelque chose des doigts, mais j’en ai touché suffisamment pour en avoir une forte impression.
Alors je te propose, petit lecteur aux yeux incertains, d’explorer l’album Natalie Wood de Jay Alanski. Parce que là, vois-tu, j’ai le sentiment, tel un archéologue musical, d’avoir déterré un fragment pur d’une époque un peu trop réinventée.
Jay Alanskoi ?
Il suffit d’aller sur sa page wikipédia pour comprendre que Jay Alanski touche à tout. « Jay Alanski est un auteur-compositeur, musicien, producteur de musique électronique français. Depuis plus de vingt ans il se consacre également à l’écriture de romans et à l’image« . Tu vois le genre ? Et même en style de musique, je crois qu’il s’est ensuite tourné vers l’électro. En 1979, il compose la musique des premières chansons de Lio avec laquelle il travaillera de nombreuses années. Il écrit également pour Lou and the Hollywood Bananas, Plastic Bertrand, des textes pour Alain Chamfort6 et Julien Clerc et de nombreux autres artistes. Le monsieur est productif !
Là, on va parler de Natalie Wood, un album sorti tout d’abord sous le nom Tendre est la Nuit en 1980, puis rebaptisé en 1992 avec deux morceaux bonus. Avec notamment le morceau Tendre est la nuit qui s’appelle aussi Géraldine. Oui, c’est d’ailleurs comme ça que j’ai découvert Jay Alanski, en cherchant une chanson appelé Géraldine, sur ma plateforme de streaming préférée. Bref, tu vois le personnage quoi. Un artiste polyvalent, encore productif, mais pas ultra connu. Suffisamment, à l’époque, pour passer chez Ardisson en 1989. Extrait :
Ambiance 80
Tu viens de voir l’extrait ? Ardisson la clope au bec, le blind test, les costards, l’ambiance feutrée ? Pour moi, on sent bien l’ambiance des années 80. Et justement, en parlant d’ambiance, l’album Natalie Wood, c’est un échantillon de bois que tu prélèves d’un arbre pour savoir son âge. Loin de tous les effets de modes qu’on a pu avoir ces dernières années avec la résurgence de la mode des années 80, souvent uniquement centrés sur de la synthwave, ici, on a un extrait bien plus pur de ce qu’on faisait à l’époque. À la fois un véritable cliché, et en même temps, étonnamment éloigné des stéréotypes actuels qu’on se fait des « eightees ». Un charme suranné, loin de la nostalgie artificielle qu’on ressort facilement. Après, on pourra juger de mon regard sur les années 80 : au final, qu’est-ce que j’en ai connu moi ? J’ai aussi une vision très clichée de cette époque, puisque j’avais, au max 6 ans, durant ces années. Mais entre les remix electros qu’on a bouffé jusqu’à en plus pouvoir ces dernières décennies et l’album de Jay Alanski, je sens bien que mon cerveau se dirige naturellement vers ce dernier en me disant « c’est ça que tu as connu« , comme un écho surgi du plus profond de la caverne de mes souvenirs. Putain, c’est beau comment j’écris, je vais m’auto embrasser. Allez hop, juste avant de lire la suite, mets cette petite chanson en fond. Vas-y, go.
Ce morceau là est calmos hein. Il correspond tellement au visuel : les immeubles modernes (de l’époque) qui représentent un lieu indescriptible, qui pourrait se trouver n’importe où. J’ai ce souvenir, d’être jeune, sur la plage arrière, la tête collée sur la vitre de la voiture, les yeux rivés sur l’extérieur, à moitié endormi. J’observe le paysage urbain défiler, de nuit, semblable à celui-ci. Jay Alanski enregistre l’album à Los Angeles. Ca groove de façon un peu pataude, on est pas sur la prod de Doc Gyneco, 16 ans plus tard, avec Première Consultation, mais on sent l’énergie et ça reste très propre ! La voix, les paroles, le côté un peu désuet, tout est là, pour un kiff d’une nostalgie qui m’échappe en grande partie. Étrange comme concept, non ? Éprouver des sensations qu’on a finalement pas vraiment connues ? J’aime ce côté quasi onirique. Et même si je ne connais Jay Alanski que par quelques bribes, et que ma curiosité ne me pousse pas, pour l’instant, à découvrir le reste, cela me va très bien. Une recherche par fragment…
Retour dans le présent
Voilà les amigos. C’était une petite escapade dans une décennie que j’ai à peine connue, mais qui m’a pourtant marqué. Un psy analyserait ça bien plus profondément que moi, mais je cherchais avant tout à vous faire (re)découvrir un artiste, et un album. Il est dispo sur Spotify, pour ne pas le citer, ainsi que sur Youtube. On retrouve notamment, dans son album Natalie Wood, la chanson Lalala je t’aime qui est une cover du morceau culte du groupe vocal américain The Delfonics de 1969 : La-La (Means I Love You)
Hein tu vois quand je te dis qu’y a un truc un peu suranné ? C’est pas ma came, et pourtant, ça marche très bien sur moi. Etrangement. Bref, je te laisse écouter l’album, et même aller plus loin, si l’envie t’en prend. Bonne écoute. Bon retour dans le présent.