La défaite est magnifique

fail

La défaite est magnifique. Vraiment. C’est ce que je me suis dit en abandonnant cette Saintélyon au premier ravitaillement. Des excuses, des regrets, des explications, des ressentiments ? Certes, ils sont présents. Mais étrangement, perdre m’a apporté beaucoup.

Tiens, si ça te dit, une petite vidéo d’un coureur qui montre la qualité du terrain ! Chapeau à lui.

Les excuses

Le manque de préparation sérieuse ? Pas assez de sorties longues, une petite forme ces temps-ci, pas assez de fractionnées ?

Le manque de sommeil ? La fatigue du voyage, le petit rhume des dernières semaines, l’impression d’avoir le corps qui hurle « VA DORMIR » durant cette course nocturne, face à toutes ces ténèbres ? La grosse heure d’attente sur la ligne de départ sous une belle pluie ?

Le souci du terrain glissant, de la boue abondante, du genou qui se dérobe un peu et qui rappelle l’épisode jamais totalement résolu du ligament croisé d’il y a 6 ans ?

Le copain dont je verrai le fessier pendant 80% du temps plutôt que de rester à côté pour discuter, car trop zélé pour commencer la course sur un rythme plus doux et baisser le rythme ?

Foutaises. J’ai eu souvent ce genre de situations sur d’autres courses que j’ai parfaitement mieux gérées. Ici, une seule chose m’a vraiment mis dedans : ma veste imperméable. D’autres coureurs avaient la même, une Kalenji tout à fait classique (70 euros tout de même) et apparemment très bien notée. Sauf qu’au bout de dix minutes, sous une pluie fine, mes bras étaient déjà mouillés. Moi qui croyait que les effets mouillés que j’avais ressenti pendant mes précédentes sorties sous la pluie étaient du à la sueur qui s’échappait mal… me voilà ravi : la course n’a pas débuté, et je suis déjà bientôt trempé.

Terrains glissants, nuit, envie de dormir ne sont finalement qu’un prétexte à mon cerveau pour ne pas résister au souci numéro 1 qui se pose au premier ravitaillement : une sensation (réelle ou non ?) d’hypothermie. La tente surchauffée et rempli de coureurs qui se bousculent pour prendre à boire et à manger me fait tourner la tête. Les idées ne sont plus claires. Mon lièvre-ami veut déjà repartir sans même remplir ses gourdes, moi, j’ai pris une rasade de thé tiède et je n’arrive pas à retrouver de chaleur corporelle. Mon cœur bat bizarrement, pourtant je ne suis pas essoufflé. Je ressors dehors, sous la pluie. Je fais demi-tour immédiatement, et pourtant je ne l’ai pas souhaité. OK, mon organisme me dit clairement non. Je ne me pose pas plus de questions. Je sais déjà que je ne serai pas capable de faire plus, peu importe la raison. Pas de réflexion plus poussée, j’abandonne.

La lose

Difficile de crier de joie après une telle déconvenue, surtout qu’il s’agissait de mon gros objectif de fin d’année. La trentaine d’autres types qui ont également abandonné me rassure un peu. Le car qui transporte normalement les relayeurs est rempli au 3/4 d’abandons et de types grelottants avec leur couverture de survie. La nuit est vraiment rude. J’ai du hurler trois fois à une vieille mamie bénévole que j’abandonnais.

-J’abandonne
-Quoi ?
-J’ABANDONNE
-QUOI ?
-J’ABANDOOOOONNE !
-Ah. Maurice, MAURICE, le monsieur abandonne.
-Il quoi ?
-IL ABANDONNE.

L’attente dans le local tiède de la croix-rouge ne me réchauffe pas vraiment. De 2h30 à 4h00 du matin, il faut bien attendre le car, et tenter de se réchauffer. On consulte son téléphone, on discute avec les autres types qui, pour certains, ont fini la Saintélyon 2017, mais ont abandonné sous la pluie de la version 2018. Ça me rassure un peu. Mon esprit est encore embrumé et je n’arrive pas à me réchauffer. Pire, une fois dans le car, malgré les relances, la conductrice refuse de mettre du chauffage, ou du moins, diffuse une sorte d’air tiède qui ne nous réchauffe pas. On arrive vers 5h30 au Hall Tony Garnier de Lyon, et là, il faut retrouver son sac, déposé avant la course, mais pas vraiment rangé. « Tu es le numéro 8657, voici la rangée des sacs entre 8500 et 9000. Démerde-toi ». Encore complètement trempé et grelottant, je n’ai qu’une envie, mettre mes habits secs. Va retrouver un sac de sport noir au milieu de mille autres sacs de sports noir. HEUREUSEMENT, au bout d’un quart d’heure, les larmes me venant aux yeux parce que je désespère sérieusement, je le retrouve. Je me change en face d’un courant d’air chaud venant de je ne sais où et me retrouve enfin un peu sec. Le prochain métro est dans dix minutes, super… mais en fait non, un mouvement social paralyse le trafic jusqu’à 7 heures. Seul le tramway circule pour l’instant, et le premier sera dans 45 minutes… Autant dormir dans un coin du Hall, loin de la foule et tenter de récupérer un peu. Je ne suis pas fatigué d’avoir couru, je me sens plus comme après une nuit blanche avec des potes, et la frustration que je ressens n’est pas amoindri par le côté relaxant d’une bonne fatigue marathonienne. Enfin, il est temps de prendre le tram. Le tram de 6h30 est donc plein, rempli de coureurs encore suant et de teuffeurs encore bourrés de la veille, qui diffusent de la sale musique sur des enceintes portables. Après 30 minutes de tramway dans de belles conditions, il faut encore marcher 15 minutes jusqu’à l’hôtel, mon sac énorme sur l’épaule. 

Une douche salvatrice, histoire de réchauffer correctement ce corps qui ne retrouve pas encore toute sa chaleur, et puis, hop, dans le lit avec madame et … bébé, qui vient de se réveiller. Dans un état quasi zombiesque, j’arrive à le rendormir en fredonnant « dodo l’enfant do » et en me berçant moi-même.

Quelques heures plus tard, la