Synchronicité

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C’est l’histoire d’un mec qui découvre l’Amérique

L’effet

Le 12 Janvier 2013, j’abordais déjà le sujet, avec désinvolture, je dois vous le concéder. Je résume l’histoire, pour ceux du fond qui suivent pas. Dans la bibliothèque où je bosse, dans le coin des biographies, deux livres sont posés l’un à côté de l’autre (regarde bien la photo du haut Georgette). On y voit un livre avec marqué « Coluche » et à sa gauche, un autre livre. En regardant rapidement, on se dit « ah tiens, voici une autre biographie sur Michel Colucci », mais en observant le livre en question, on se rend compte de la réalité : il s’agit d’une bio sur Christophe Colomb. De fait, nous sommes face à, ce qu’on appelle dans le jargon scientifique, une putain de coïncidence de sa mère, puisqu’on notera l’extrême ressemblance du portrait de Christophe avec la ganache bien connue de notre cher Michel.

 La vérité est dans les mangasses

Combien de chance peut-il y avoir pour que deux personnes au look assez similaire voient leurs biographies côte à côte et que leur nom de famille soit assez proche pour que le classement alphabétique laisse possible ce hasard ? Cette étrange histoire m’a rappelé le petit aparté du mangaka Keisuke Itagaki dans le très mauvais et à la fois très bon manga Baki. Je vous résume le pitch du départ : 5 condamnés à mort/perpétuité, à plein d’endroits différents dans le monde, ont soudain la même envie : connaître la défaite. Ils veulent affronter le mec le plus fort, patatipatata, et ça débouchera sur une succession de bastons extraordinaires. Bref, passons. Mais ce qu’on retiendra surtout dudit manga, c’est l’anecdote réelle que nous raconte Keisuke, et que je vais m’empresser de vous retranscrire, parlant couramment le chinois japonais.

Le terme « synchronicité » fut inventé par le psychanalyste C.G. Jung. Il désigne des coïncidences trop troublantes pour être mises sur le compte d’un simple hasard. Jung cite comme exemple l’expérience d’un poète, Émile Deschamps. Alors qu’il était encore collégien, il prit un repas avec un certain Forgibus. Ce dernier lui conseilla d’essayer une crème caramel à la prune, dessert encore rare à l’époque. Dix ans plus tard, Deschamps vit le même dessert, dans un restaurant devant lequel il passait par hasard. Gourmand, il voulut se faire plaisir. Il entra et se retrouva face à la table de ce même Forgibus, qui avait eu la même envie que lui. Encore quelques années plus tard, le poète se fit inviter à une soirée où l’on servait, entre autres choses, de la crème caramel à la prune. Là, sur le ton de la plaisanterie, il dit à ses hôtes : « Vous allez voir, un monsieur du nom de Forgibus va bientôt surgir ! » et il se mit à raconter joyeusement ce qu’il s’était passé entre ce monsieur, le fameux dessert et lui. Quand tout à coup, un vieux monsieur, invité lui aussi, mais en retard, apparut. C’était un certain monsieur… Forgibus ! Tous les invités restèrent bouche bée…

Baki, un mangasse qui prime par un visuel inédit. Bon d’accord, un manga fou avec un design moche

La synchronicité

La synchronicité, puisque tel est son nom, est donc un phénomène qui tente de donner un sens à l’association de plusieurs coïncidences. Il revient ensuite à nous de trouver une explication logique et cartésienne à ce phénomène ou bien de lui attribuer des raisons plus surnaturelles, voire religieuses. Lorsque l’on réfléchit à notre vie, les exemples peuvent parfois venir en tête. Les rencontres que l’on fait au bon moment, des évènements qui s’enchaînent de façon inexplicables et qui nous amène à des changements radicaux, etc. Pour qu’un éminent psychiatre comme Carl Gustav Jung mette en avant une telle théorie, avec de solides bases scientifiques à l’appui, il faut bien admettre que la synchronicité doit être plus qu’un simple enchaînement de coïncidences : c’est bel et bien une sorte de direction globale induite par ces coïncidences elles-mêmes. Un peu comme si une volonté supérieure décidait de modifier tout un paquet de petits évènements hasardeux pour leur faire prendre une seule et même direction. L’exemple le plus connu du psychiatre est le moment où un de ses patiente lui parle d’un rêve avec un scarabée doré. Au même moment, un scarabée dorée s’écrase sur la fenêtre du bureau de Jung. Il prend l’animal et lui dit « le voici votre scarabée ». Oufissime, non ?

« J’vous ai bien retourné le cerveau hein, bande de tafioles ? » (Carl Gustav Jung)

Et donc ?

On parle souvent de loi de Murphy, de l’enchaînement des évènements négatifs, qui survient surtout parce que, dans ce genre de cas, notre sensibilité est exacerbée et que l’on encaisse les choses avec beaucoup plus de difficulté. La synchronicité, quant à elle, n’implique pas, par sa définition, d’évènements négatifs ou positifs. A nous de savoir interpréter les « signes » de la vie, dans un sens comme dans l’autre. Ce qui est sûr, c’est que si le sujet de la synchronicité vous intéresse, plusieurs ouvrages le traitent avec plus ou moins de sérieux. Je vous invite, déjà, à lire l’article très complet (et vraiment pas mal, il faut le préciser) de Wikipédia sur le sujet. Au niveau des bouquins, je n’ai pas encore commencé de lecture sur le sujet, mais j’imagine que les ouvrages de Jung eux-mêmes sont les plus concrets, à savoir « La synchronicité, principe de relations causales», « Sur la synchronicité», « Une expérience astrologique» ou encore « Lettres sur la synchronicité». A vu de nez, je pense que je peux également vous conseiller La Synchronicité, l’âme et la science, Poiesis 1984 réédition Albin Michel, puisqu’elle a été écrite par quelqu’un que j’aime bien, et qui s’appelle Hubert Reeves (comme quoi, ce phénomène intéresse tous les corps scientifiques…). Bien sûr, le risque est aussi de tomber sur des bouquins beaucoup plus exotiques, avec des idées qui fleurtent avec le mysticisme et autres délires. Mais bon, à toi, petit lecteur aux yeux de braise, de déceler le bon du moins bon. A toi également de considérer ce qui, dans ta vie, résulte du pur hasa Tu es le seul juge de ta vie et des évènements qui s’y déroulent. Voilà.

En tapant « Synchronicité » sur Google Images, on tombe sur beaucoup de visuels très kitchs, aussi

 


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