Être con, finement.

C’est un peu spécial en ce moment hein ? Le fameux virus qui sévit fait couler beaucoup d’encre numérique. On entend tout et son contraire, et une fois de plus, je ne me sens d’aucun bord. Peut-être parce que je suis un CON.

Et puis, étrangement, ce confinement me plait, pour des raisons très personnelles et égoïstes. Comme toujours.

Ce qui me plait moins, c’est ce manque de bienveillance générale. Il faut croire que ces derniers temps, la bien-pensance a pris le pas sur la bienveillance. Et ça,  c’est bien dommage.

Choisis ton camp (finement)

Bon, si on devait schématiser, on a le postulat de départ : d’un côté, les gens bien sages qui restent chez eux, et taclent ceux qui abusent et sortent, et puis les rebelles de l’extrême qui font des pics-niques, vont en vacances en Espagne et des partouzes dans le Bois de Boulogne.

Tu comprendras évidemment que j’ai du mal à trouver un bord et que je comprends finalement un peu tout le monde. La démagogie a toujours été une alliée puissante. L’ironie aussi hein. Le fait est que, en temps normal mais encore plus en ce moment, nous devrions tous faire preuve d’un peu d’empathie et de tolérance. Parce que, ce qui frappe en premier lieu dans cette situation inédite, c’est que ce fameux Covid-19 accentue de façon dramatique les inégalités de notre belle planète. Les violences conjugales sont en hausse, les bébés secoués aussi. Les policiers s’en donnent à cœur joie dans les cités, parce que c’est plus rigolo d’aller verbaliser ceux qui vont s’aérer pour fuir leur 30 mètres carrés occupés à 6, plutôt que d’aller le faire dans les jardins du 16ème arrondissement de Paris. Paris, toujours Paris d’ailleurs, on a l’impression que le virus réside seulement là-bas lorsqu’on écoute les journaux et qu’on voit les commentaires des gens. A ces inégalités viennent s’ajouter un climat assez particulier. Les justiciers complotistes d’un côté qui voient dans ce virus un système d’épuration de la part de notre gouvernement et un futur moyen de nous vacciner de force (et le vaccin existe déjà, bien entendu, ce sont les hommes lézards qui l’ont fabriqué), de l’autre, les chevaliers blancs qui vont juger un petit vieux parce qu’il est allé acheter une demi-tradition à la boulangerie. J’exagère le trait, j’ai des amis des deux camps, et je les comprends. Mais qui est on, vraiment, pour aller faire la morale, dans un sens comme dans un autre ? J’ai lu des critiques sur les tabacs encore ouverts par exemple. Pourtant, un gros fumeur qui n’a plus de clope du jour au lendemain, c’est très, très dur. En Inde, la prohibition a fait plus de morts que le covid, poussant au suicide de nombreux alcooliques. Dans un autre registre : big up aux grands courageux qui vont écrire des mots sur la porte ou le pare-brise de leur voisin aide-soignant en lui demandant de se garer plus loin ou de changer d’immeuble. Sympa. Essayons de nous mettre un peu à la place des autres. Parce que oui, parfois, on a besoin de sortir s’aérer plutôt que de devenir fou à rester en famille, et que c’est possible si on respecte les gestes barrières. Parce que oui, ce n’est pas grave d’aller chercher juste une bouteille de lait et un pot de crème fraiche chez l’épicier, parce que rien ne dit que ça ne t’arrivera pas dans les prochaines semaines Tu sais, le jour où tu auras prévu de faire une super recette dans la journée, et que tu te rendras compte qu’il te manque UN élément. On se met toujours à la place du good guy, rarement du côté de la personne qui a fait une bêtise, ou se retrouve du mauvais côté de la balance, et pourtant ça nous arrive tous à un moment.

L’humain inhumain

On m’enlèvera pas de l’idée, que le premier virus de l’histoire, c’est nous, et que pour une fois la planète respire un peu. Alors ouais, restons confinés, c’est quand même mieux. Mais n’allons pas juger untel ou untel parce qu’il est sorti, c’est le début de la délation, et ça n’a jamais fait parti des meilleurs moments de l’espèce humaine. Là encore, les inégalités sont flagrantes, et c’est toujours facile d’être une pop-star qui fait la morale aux autres depuis son jardin de 1 hectare. Et puis oui, je comprends ceux qui se sont barrés dans leur maison de province. Si j’en avais une, j’aurais fait pareil. De toute façon, au final, les hôpitaux parisiens sont ou seront bientôt surchargés et on envoie les malades dans les hostos de province par la force des choses. Alors soyons un peu compatissant, sans jugement, sans pour autant tolérer les kékés qui vont faire des pic-niques à 15 dans une forêt, hein. Hier encore, j’étais un peu énervé en voyant des groupes de jeunes devant leur barre d’immeubles, et puis… j’ai vu la barre d’immeuble en question et je me suis dit que, à leur place, plutôt que de rester enfermé dans un vieil appart avec Maman, le petit frère et la petite sœur, je préfèrerai aller discuter en bas avec les copains et faire des roues en scooter.

Le genre d’image que tout le monde commente, horrifié. Sauf que personne ne sait si cette dame avait le choix ou pas d’emmener son enfant avec elle. Impossible de surveiller un enfant aussi jeune, il suffit de tourner la tête pour choisir une salade et, hop, il va manger le caddie. Et va mettre un masque à un petit de cet âge… BREF. EMPATHIE, disais-je. Mettons-nous à la place de cette dame, peut-être seule avec ce loulou, à devoir tout gérer, y compris la folie des réseaux.

Bref, restons chez nous, et gardons nos idées chez elles, aussi. On est tous coupables à notre façon et cette pandémie nous fera changer nos habitudes. En bien. En mieux. Quand celle-ci sera terminée, il faudra se poser les bonnes questions et prendre les bonnes décisions. Il faudra arrêter de commander sur Amazon, ou les Deliveroo like et d’entretenir la précarité de pauvres mecs de quartiers. En attendons, remercions ces gars qui viennent nous livrer et continuent de faire tourner la France. Il faudra arrêter de  prendre l’avion plus d’une fois par an pour aller se dorer le cul au bout du monde alors qu’on a de très bons endroit en France (à quand un cota de prise d’avion d’ailleurs, ça réduirait pas mal de choses…), essayer de faire vivre nos petits commerçants locaux, etc.

Coupables ?

Pour l’instant, il faut faire bloc, être solidaires, applaudir au fenêtre, si ça nous chante et garder dans un coin de notre tête, que les irresponsables, ce ne sont pas les quelques badauds qui vont se dégourdir les jambes 30 minutes, mais plutôt ceux d’en haut, qui ont vu arriver les choses de loin, et on fait n’importe quoi. Un seul exemple flagrant ? Hmmm.. nous avoir laissé voter le Dimanche pour nous dire le lendemain qu’on allait devoir se confiner ? Pour des élections qui seront certainement annulées. A qui profite le crime ma petite Lucienne ? J’en sais rien moi, je dis juste que ça, c’est de la réelle irresponsabilité. Et Edouard Philippe est arrivé en tête au Havre. Vous inquiétez pas : une fois ce confinement terminé, on saura retourner dans la rue pour punir ces idiots, toujours dans le calme et la non violence, et leur montrer notre postérieur lorsqu’ils voudront nous faire travailler 45 heures par semaine et sucrer nos congés. Non, mec, non, je pense que tu peux te pencher du côté de l’ISF, de la taxation de la bourse et de l’exil fiscal si tu veux récupérer des sous. Tiens, d’ailleurs, le concept même de monnaie périclite un peu. Et tu sais que ça me plait hein. En témoignent les cryptomonnaies qui explosent en ce moment… et le fait qu’on se rende compte ENFIN que le capitalisme n’est en rien une solution. Finalement, il ne fallait pas qu’on le prouve ou qu’on se batte contre, mais juste attendre qu’il soit passé de mode. Et oui Manu, on dirige pas son pays comme une start-up, et ça va être bientôt la fin de ta petite équipe de merdouillards en costards qui vont pouvoir aller cueillir des fraises dans le Larzac (y a pas de fraises dans le Larzac CaliKen putain) pour la suite de leur carrière. Les mouvements sociaux seront nombreux, on va peut-être enfin comprendre qu’on ne fait pas d’économies sur des choses importantes comme les hôpitaux ou l’éducation. En parlant d’économie d’ailleurs  : si une économie va mal parce que les gens n’achètent que ce qui leur est utile, alors il faut peut-être revoir ce concept même d’économie (j’ai beaucoup aimé cette citation que j’ai retrouvée sur le net et que je me permets d’emprunter).

Enfin bref. Voilà ma vision des choses. On ne s’affole pas, on reste chez soit autant que possible, on remue sa langue dans sa bouche ou celle de son conjoint/conjointe et on juge en silence.

Maintenant, je vais te dire pourquoi, à titre perso, j’adore ce confinement.

 

Con finement

J’ai une chance immense, outre le fait de vivre dans un pays qui, malgré tout, possède suffisamment de valeurs et de protections pour que je n’ai pas envie de le quitter, c’est d’avoir gardé mon travail et mon salaire. Le télétravail en tant que médiathécaire, c’est savoir faire ce qu’on fait d’habitude (veille CD et DVD, commandes, formations, rédactions d’avis, etc.) et faire évoluer rapidement son taff. Création de Playlists de confinement, petites vidéos musicales pour les enfants, lecture de contes, conseils de lectures, etc. : notre médiathèque se plie en quatre et on est au taquet pour continuer à produire et proposer du contenu de qualité à nos adhérents et aux internets, et rien que ça, ça fait du bien.

Ce télétravail m’a permis d’aménager un petit coin bureau dans ma chambre et de m’isoler une partie de la journée, pendant que madame, en arrêt maladie/grossesse, s’occupe de Bibou avec mille activités incroyables. Me sentir productif et ne plus prendre les transports, une des sources premières de mon stress, m’ont permis déjà de faire descendre mon anxiété très fortement. Voir mon enfant tous les jours, me sentir disponible, jouer avec lui, rire, le voir grandir : voilà une autre satisfaction.

Ensuite, on va pas se mentir, j’ai des difficultés avec tout ce qui est social, même si je le cache bien. Ne voir personne, ne pas me retrouver dans les rouages compliqué des conversations où j’ai toujours l’impression de répondre à côté et d’analyser les tenants et les aboutissants, me procure un vrai petit plaisir. En fait, c’est terrible à écrire mais j’éprouve autant de plaisir à voir les gens sur messenger ou en visio conférence qu’en vrai. J’ai l’impression de me reconstruire. Ma petite dame ne le vit pas aussi bien, et elle déprime un peu de se retrouver dans ce « jour sans fin », avec ce manque de liberté et de balades en forêt, interdite chez nous. Et puis, savoir que nos enfants vont vivre dans ce climat, ça n’a rien de charmant, c’est vrai… Surtout pour la petite qui va naître dans ce contexte.  Pour moi, au contraire,  c’est un moyen de maîtriser un peu tout ce qui m’entoure. Mon petit footing à la même heure le matin, un peu de sport aux mêmes créneaux, et la possibilité de prendre mon temps, d’avancer, de m’ennuyer, de me retrouver avec moi-même, de prendre des nouvelles des gens que j’aime.

Et pour une fois… pour une fois cette foutue déréalisation est une alliée. Autant la vivre au quotidien et n’avoir l’impression que rien n’est réel est une plaie… autant en ce moment, elle m’aide à voyager et à me sentir loin en regardant quelques photos ou vidéos de vacances. Parfois, leur simple visionnage me fait me sentir plus là-bas que lorsque j’y étais à l’époque. Etrange non ?

La chance enfin, de ne pas être sur Paris. Peut-être que c’est le coup de grâce pour ma relation compliqué avec cette ville que j’adorais. Mais clairement, pouvoir sortir le matin et ne rencontrer personne, être loin de l’agitation, des foules, proche de la nature : cela fait réfléchir et se rapprocher des choses qui ont, soudainement, véritablement de l’importance.

Voilà les amis. C’était un peu long, mais bon, si j’ai du temps à écrire, vous aurez peut-être du temps à lire ? Vraiment, ne considérons pas ce texte comme une leçon, mais comme un appel à la tolérance. On est tous dans le même bateau, alors essayons de nous comprendre, plutôt que de nous juger.

Paix et amour.

 

 

 

 

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2 Comments

  1. Papythou avril 13, 2020 11:58   Répondre

    Excellentes réactions !!!!!!

  2. San mai 28, 2020 4:27   Répondre

    Texte très intéressant. Et je comprends ton ressenti, étant moi même quelqu’un de réservé, je n’ai pas honte d’avouer m’être senti très à l’aise durant ce confinement.

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